les tweets du cours de Jam du 24 mars 2010 par @Timecerise


« Les tweets du cours de JA Miller ne valent pas pour être le prononcé du cours. Ils sont une adaptation en direct pour Twitter des propos de JA Miller. » (Luc Garcia)

Merci une fois de plus  @Timecerise pour son prodigieux live-tweets.

LE TWEET-LIVE DE  LUC GARCIA (alias @Timecerise)

Les lumières ont très significativement diminué. JA Miller s’installe, spot poursuite. Pénombre au theatre. Singulière ambiance

Les lumières reviennent.

Celui qui vous parle de la vie de Lacan l’a partagée pendant au moins 16 ans de son temps de loisir.

Je -JA Miller- ne l’ai pas connu comme analysant. Je l’ai fréquenté comme un familier. Je n’abuse pas de l’avantage que cela me donnerait.

Et d’ailleurs, je serais bien en peine de le faire. Lacan n’était pas avide de confidence, y compris concernant son mouvement.

Lacan se déplaçait avec un champ de force qui repoussait toute inquisition. C’est même ce silence qui me conduisit à satisfaire ma curiosité

concernant sa trajectoire antérieure que je suis allé au texte, aux manuscrits anciens. Je ressortis couvert de poussière d’un cajibi du 5

rue de Lille. C’est comme ça que j’ai sauvé la lettre à son analyste, Loewenstein. Dont une version déchirée reconstituée. Je publiais

je publiais ça ! Il mit un avant propos : « tout ce qui écrit ici me fait horreur ». L’horreur, celle de revenir au passé.

Par 2 fois, je lui posais une question, disons…intime. Les 2 fois, il me répondit. Ces 2 souvenirs, je vais les évoquer aujourd’hui.

Je constate qu’ils ne m’ont jamais quitté. Je ne les ai jamais consignés par écrit. Je pourrais trouver cette abstention curieuse.

Mais elle, l’abstention, est à rapporter à ma répugnance à jouer le Boswell de Lacan.

Jonhson, avec Boswell, ne demandait que ça !

Il y avait pour Lacan une bipartition entre ce qui vaut et ce qui ne vaut pas. Le courant de l’existence était ce qui fallait comme tribut.

Pour que se forme la perle de sa pensée. Le reste n’était que la coquille de l’huitre. Il ne souciait pas d’être photographié.

C’est le mot qui me vient. Il est issu d’une réplique de Lacan.

J’avais composé pour des journées, ou un congrés, de l’Efreudienne de Paris -c’était le nom de l’école de Lacan- un texte.

Un texte sur les présentations de malade, à une époque où l’exercice des présentations était mal vu, dans les suites de Mai 1968.

Il régnait une atmosphère au quartier latin, chez ceux que l’on a appelé ensuite les bobos, où se recrutait une part du personnel du

milieu analytique, il régnait donc, une méfiance, l’exercice est tombé en désuétude. On était dressé contre la démonstration de maitrise.

Et en plus, on la tenait pour nocive au patient. Lacan était resté attaché aux présentations où étaient une cinquantaine de ses élèves.

Maud Mannoni s’était exprimée. Elle devait méditer à cette époque là une institution où devaient la rejoindre quelques suivants.

Et moi, j’étais pour. Ça me permettait de faire mes classes de clinique. Il me paraissait injuste, déplacé, à côté de la plaque…

…de réduire une présentation à une démonstration de bestiaire.

J’avais voulu décrire la façon de faire de Lacan, du style de l’interrogatoire et des propos une fois le patient retiré.

C’étaient des propos assez criptiques et allusifs.

Lorsque nous la commentions en cartel, par exemple, cette présentation, on se posait autant de questions pour Lacan que pour le patient.

C’est là, de la mentalisation dont nous parlions, dans cette informe qui la dénonce, que j’ai parlé plus tard de ce mot qui fit flores :

La psychose ordinaire.

à la sortie d’une présentation, je le rattrape pour lui tenir un discours que je tenais pour urgent.

Il avait, Lacan, implicitement moqué un collègue de son Ecole. Je suis allé lui dire que ce n’était… pas très gentil.

J’allais chercher un mot gentil concernant ce collègue que je pensais être froissé. Je prenais ça pour moi.

Je jouais une sorte de Monsieur Bons offices.

Je marchais. Il s’arreta. M’écouta. Me considéra. Regardant de côté, dans le style, c’est mon affaire pas la sienne.

Il me dit « vous m’avez parfaitement photographié à la présentation ».

C’était une fin de non recevoir. Une façon de dire qui balayait ma remontrance. Qui produisait un déplaisir qui était anticipé et éteint…

…par un compliment ! « Vous venez de dire n’importe quoi ». Et d’autre part, il me félicitait à propos de qq chose qui n’attendait pas

de compliments. Je me méfiais de ses compliments. Il ne donnait pas, Lacan, beaucoup de compliment.

Lorsque Lacan faisait des dédicaces, on sentait que ça chatouillait la vanité des dédicataires, comme une fois JA Miller le vit en librairie

Un compliment ? Je me disais, « il ne m’a pas écouté ».

Je l’avais photographié, et en plus parfaitement. Or, ce que je visais, c’était son enseignement, le faire passer.

Après une vie à formaliser, à simplifier, son enseignement, je donne quelque attention à sa vie. Je ne l’ai jamais photographié Lacan.

Sauf une fois. Pas de négatif. la photo… les couleurs passent.

Il montait l’escalier, je sortais de l’atelier là où il m’arrivait d’aller aussi, où il préparait ses séminaires… J’avais un appareil.

Clic clac.

Je crois n’avoir jamais été photographié avec lui.

J’avais le sentiment que d’être à la place de son autre, petit autre, c’était dangereux ! Maléfique même !

Pour la couverture du Séminaire XI, j’avais choisis l’anamorphose d’une tête de mort. Il y a ce qui donne le titre au tableau.

« Les ambassadeurs ». Un devant, et un derrière, modeste et discret. Voilà où j’étais représenté !

J’aurais peut-être pu en profiter, ameçon de Lacan, pour faire Boswell ! Lacan, comme personne, je m’en tenais à carreau.

Mais ce qui m’a intéressé, c’est la transformation de Lacan en enseignement.

C’est une part perdue que je récupère cette année, dans ces quelques prises de paroles depuis janvier. Dans ces moments que je continue

Tant que j’en ai encore envie.

Dans la « Conversation d’Arcachon », ce que je signalais, c’était la coupure entre Lacan et l’assistance de sa présentation.

La posture par laquelle il se décomptait.

Dans ce texte de l’époque, repris dans la Conversation d’Arcachon, je reprends la bêtise fonctionnelle de l’assistance de la présentation.

JA Miller lit le texte. Une formule 1, Lacan ne comprend pas, nous on voit une voiture de course.

Lacan se décompte du savoir de l’assistance. Exception par rapport à un auditoire que je modelais comme l’Autre du sens commun.

Je ne pouvais que lui attribuer que sotises, à l’assistance, comme Lacan dit que le signifiant est bête.

Cet Autre du discours universel, du signifiant, est bête. Et en plus compatissant. Il compatit au destin du patient.

Autrement dit, cet Autre est bon. C’est une connexion de la bêtise et de la bonté.

Tout le monde est fou, ça veut dire, il n’y a pas de sens commun. C’est une catégorie, ce sens commun, qui traverse la philosophie.

Il y a quelque chose du sens commun qui est spéculée.

Il y a quelque chose du sens commun, mais c’est illusoire, au niveau de là où vous attrape l’expérience analytique. C’est 1 niveau different

Ce qui compte pour vous

Ce qui vous degoute

Ce qui vous est agréable

Ce qui compte pour vous, c’est ce qui est singulier dans l’expérience analytique comme telle, pour vous.

Dans Alice au pays des merveilles, avec le Lapin pressé, Lacan dit que l’on prenait la mesure de l’absolu altérité du patient.

L’absolu altérité l’emporte sur la comisération.

Contrôler l’activité du psychanalyse, c’est mesurer son inhumanité. Il faut user de ce signifiant avec attention, naturellement.

La position de Lacan engendre que l’Autre, qui est bon, du fait que lui est assigné le sens commun, la reconnaissance du même savoir.

L’Autre, avec ses vagues similaires, avec cette bonté de communauté, en regard, rend à ceci que Lacan est méchant.

Lui, il assume un « je suis méchant ». Sa position n’est donc pas paranoiaque.

C’est une paranoia inversée.

Prenez Rousseau : l’Autre est méchant, et il postule un fondamental je suis bon, et l’étend à sujet primitif.

Lacan l’étend, la méchanceté, au principe de la pulsion.

Quand il arrive de dire « je n’ai pas de bonnes intentions », il parade en Autre méchant. La bonne intention : je suppose que je connais…

…ton bien ! J’imagine que l’intention est bonne !

Ne pas avoir de bonnes intentions est de l’ordre de la salubrité. Je ne préjuge pas de ce qu’est ton bien.

L’analyste a à se méfier de ses bonnes intentions. On lui demande de l’aide, il est donc requis en cette fonction.

C’est le fruit d’une discipline, de s’abstenir du savoir du sens commun. D’autant plus pour le choix d’objet du patient.

Par exemple dans le lien que le patient a noué avec un partenaire, lorsqu’il vient s’en plaindre.

L’analyste s’emploierait à dénouer un lien d’avec cet objet qui pourrait, par exemple, être nocif.

Si deux se sont retrouvés, il vaut mieux partir de l’idée que ces deux là se conviennent.

L’analyste peut s’exposer à ce que le patient soit réduit à un malheur plus intense encore, une errance…

Le bonheur, il se trouve au niveau de la pulsion. Au niveau d’une expérience où tout est bon pour qu’elle se répète.

Le bonheur repose sur l’egoisme de la pulsion quo trouve sa satisfaction en elle même.

L’objet oral : la bouche qui s’embrasse elle même. Solitude du sujet au niveau de sa jouissance est corrélative de sa méchanceté foncière.

Bon, le 1er souvenir.Lacan est à sa table, éclairé par une lampe qui met en valeur le papier, sa tête, cheveux blancs. Je suis sur sa droite

Peut-etre lui posè je quelques questions sur un séminaire qui était paru…

Comment lui ai je demandé quelque chose sur sa structure clinique à lui. Un moment bref, allusif… et vous dans tout ça…?

Sa réponse fut brève.

Obsessionnel.

Il m’a laché ça. Exceptionnel.

La pensée de Lacan a un aspect intra subjectif. On voit le retour permanent du même. Le retour des mêmes thèmes.

Il y a même une certaine pauvreté du matériel conceptuel.Ça oblige à beaucoup d’attention pour répérer bougé de qq personnages conceptuels

C’est d’ailleurs ce contraste entre le foisonnement d’idées en surface rapporté au minuscule décalage de thèmes. Reformulation sans cesse.

Une volonté de ramener dans sa toile les termes à renouveler. Une richesse qui se développe sur la base d’une grande pauvreté.

Il ne cache pas qu’il est concerné par une contrainte à penser, rapporté à son surmoi.

Lacan a pu lacher une ou deux fois dans son séminaire une contrainte de son surmoi à penser.

Il témoigne souvent de son manque d’allant et témoigne qu’il ne va pas bien. Quelque chose qui se satisfait.

Devant une auditoire qu’il éprouve comme largué. C’est un Autre qui est bon, qui est bête, et qui est endormi.

Le désir de l’Autre, c’est le désir de ne pas être éveillé. Lacan assume d’être méchant et de le tenir éveillé.

2eme souvenir. Rue d’Assas, en famille. « Au fond, pourquoi avez vous fait médecine ? ». Ce choix me paraissait saugrenue pour l’élévation..

..de sa pensée ! Je ne comprenais pas qu’il n’ait pas fait philo. Je lui avais posé déjà la question.

Il m’avait dit « oh oui, j’aurais pu faire autre chose ». mais là, c’était différent.

Il me dit qu’il y avait un médecin qui, dans sa famille, faisait autorité. Je peux certifier le terme d’autorité.

Sa première vocation, ce fut de partir aux Colonies. J’en avais le pressentiment en lisant un passage dans un Séminaire.

On a une lettre recommandant le jeune J. Lacan à Charles Mauras.

Ce jeune Lacan voulant rencontrer Mauras à propos de l’Action Française. Cette lettre annonçant son départ aux Colonies.

J’ai trouvé cette lettre, j’étais avec mon fils, place Colette, je vois « correpondance à C Mauras ». Je lui dis « allons voir, on doit parler

de ton grand-père ». Tout cela, cette trouvaille, était empreinte de pressentiment.

JA Miller site un passage du Séminaire où Lacan parlant du tryptique de Claudel, il parle de l’Algérie.

Le coeur battant pour « les enfants perdus de la culture chrétienne ». Ce sentiment de solitude, de dérélection dont Lacan fait ressort

d’un éthique, et ce passage est une allusion au jeune Lacan. Je dis ça aux limites…

La psychiatrie est venue à la place de l’Algérie.

Applaudissements. à la prochaine fois.

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Classé dans Vie de Lacan - Jam 2010

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