Travailler plus pour se sentir mieux…JAM lu dans Le Point

Faire « sortir la santé mentale du seul cadre médical et thérapeutique » pour qu’elle devienne « l’affaire de tous ». C’est l’objectif du rapport commandé au Centre d’action stratégique (CAS), après la vague de suicides au travail, par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’éconémie numérique. Les  250 pages remises par le groupe d’experts pilotés par la psychiatre et épidémiologiste Vivianne Kovess-Masféty passent donc en revue les pathologies mentales lourdes, mais aussi le stress, l’addiction ou la dépression, autant de facteurs qui « conditionnent le bien-être dans notre société ». Dans le sillon creusé par le rapport Stiglitz, qui prône, pour mesurer la richesse d’un pays, de tenir compte du bien-être des ménages et plus seulement de leurs revenus, le document du CAS marque pour un grand nombre de psys le retour en force d’une « science du bonheur« . « Il ne s’agit plus d’exclure les non-conformes, mais de les identifier afin de les remettre dans le droit chemin, décrypte le psychanalyste Jacques-Alain Miller. Nous sommes tous convoqués à participer au bien-vivre de tous parce que, lorsque le citoyen est déprimé, il ne travaille pas et il ne consomme pas. » Le rapport rappelle que la bonne santé mentale est un « capital » à ne pas dilapider, et qu’avoir un métier en est une condition sine qua non. Les termes « travail » et « travailleur » apparaissent ainsi 715 fois. « Avec les congés et la retraite anticipée, l’arrêt maladie est aujourd’hui redouté par les chefs d’entreprise et par l’Etat comme autrefois les mouvements de grève et les luttes syndicales, relève le psychanalyste. Bien au-delà de sauver la société, comme le disait Foucault, il faut « la faire produire ». Plutôt que de questionner certaines méthodes de management qui interdisent par exemple aux employers d’accrocher dans leur bureau des photos de famille, les auteurs assurent que le taux de suicides est la traduction du degré d'(in)adaptation au monde du travail, que les restructurations d’entreprises sont un « laboratoire permanent de la santé mentale » et troquent le terme de « souffrance au travail » pour « risque psychosocial » ou « RPS », qui fait la fortune des cabinets de consultants. Contrairement à la souffrance au travail, le RPS n’a ni cause, ni auteur…

Christophe Labbé et Olivia Recasens

Le Point n°1942, Décembre 2009, p.77

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